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Trois nouvelles, âpres, tendres, crues, composent cet ouvrage de Sylvain Bertrand.

La première est une rencontre émouvante entre deux générations : celle du narrateur avec sa grand-mère qui vit seule à la campagne et rend visite, tous les jours, à son époux malade, installé aux longs séjours de la maison de retraite.

La deuxième est consacrée aux déboires d'un homme qui se réveille un beau jour dans la peau d'un autre.

La troisième, qui donne son titre au présent recueil, nous propulse dans le cerveau déréglé d'un individu peut-être un peu trop soucieux de sa santé.

 

 

 

188 pages - 10,5 × 14,5 cm - 14 €
Imprimé en Bretagne - Illustration de la couverture : Charlotte Fillonneau, d'après une œuvre de Gustave Courbet © 2013
ISBN : 978-2-919265-44-2


Cet ouvrage est également disponible à Rennes à la librairie L'Encre de Bretagne, 28 rue Saint-Melaine ou chez Planète Io rue Saint-Louis.


Sommaire


« Le visage du temps »
« J’aurai ma peau »
« Le journal d’un hypocondriaque
»


Extrait

« Le visage du temps
»


Depuis un bout de temps, j’envisage de questionner les grands-parents, leur histoire, l’histoire des parents de leur point de vue, mon histoire quoi ! J’ai une fâcheuse tendance à rechercher de l’héritage partout. Enfin, le grand-père maternel ne pouvant plus me dire grand-chose j’ai pas envie de rater le coche avec les autres. Je commence par la grand-mère maternelle. J’ai plein de questions mais ça va pas être facile de savoir par où commencer.

Je m’invite à manger, c’est plus simple. Elle aime bien en plus. Faut dire qu’à cet âge on aime tout ce qui nous sort de la routine. La soupe, le pain, le chat et Le juste prix c’est bien gentil mais ça remplit pas une journée. Je sais que ça lui donne le sourire. Et je sais aussi que moi, ça me fait du bien. Je retrouve des souvenirs. Des vacances entre cousins, des soirées galettes et des soirées crêpes, des Noël, des week-ends.

Enfin, quand je m’assois au bout de la grande table j’ai des goûts plein la bouche. Je me lève pour prendre la moutarde dans le buffet derrière, et de là sortent des odeurs d’avant. On dirait du chocolat, voire du poivre. Je crois surtout que je ne saurais vraiment pas dire ce que renferment ces odeurs. Mais c’est bien le placard où Mamie rangeait le chocolat. On en avait droit qu’à un morceau par jour. Faut pas abuser. Jamais. Merde, on se privait pas pourtant. Fallait bien refermer le paquet derrière mais discrètement on allait fourrer notre nez là-dedans pour piquer ce qu’il faut en chocolat. C’est dingue on dirait que l’odeur est restée. C’est la même.

On commence toujours, ici, par un petit apéro. Pour la grand-mère c’est du kir. Et du kir pêche. Elle rigole pas beaucoup avec le vin blanc. Une bonne vivante. Pas qu’elle abuse, loin de là, mais elle aime bien tout ça. Des petites rillettes, des gâteaux et une émission débile à la télé… j’ai le sourire. C’est enivrant. Je regarde, ça m’intéresse en plus. On se parle un peu, on se dit des choses, on commente le jeu télé, et on dit que c’est bon et qu’il fait froid. Tout ça. Et puis après, le fameux plat de ma grand-mère. Je crois encore que toutes les grand-mères se sont refilé le truc. Le poulet-patates. Y a pas meilleur. On dévore ça avec un petit vin rouge. Elle fait tout comme il faut. Sans prétention. Juste par sympathie. C’est là que je commence à lui poser deux-trois questions. Elle se renfrogne pas du tout. Au contraire. Elle reçoit bien les choses. Elle me raconte des tas d’histoires. Elle me parle d’elle petite. J’écoute, captivé. Ça m’a toujours plu ces histoires. Tout gosse déjà je posais des questions et j’écoutais avec intérêt. Pourtant, j’étais pas le plus sage, ou encore le plus discipliné des gosses. C’était plutôt le contraire. Mais, j’étais de ceux qui s’intéressent par contre. Jamais aux mêmes choses que les autres. Quand des copains aimaient les ordinateurs, les voitures et s’amusaient à comprendre comment ça marche, moi je préférais regarder en arrière. Toujours. Ça claque moins. Une chose est certaine j’ai jamais rien su faire autrement. Pour autant, j’aimais leurs histoires aux vieux. Et j’aime toujours. On finit le repas. J’en peux plus. C’est ça aussi manger chez sa grand-mère. Sortir de table le ventre complètement plein, le nez un peu rouge et le sourire aux lèvres. Là, je bois mon café et je trouve le moment de lui poser ma question. Bon, j’hésite un peu avant. C’est bizarre ça m’angoisse pas de lui poser des questions sur sa vie mais de lui demander si je peux les écrire pour bien les conserver ça me met mal à l’aise. On sort de la discussion, on se met tout de suite dans du formel. C’est plus pareil.

« Mamie, ça te dérangerait si je te posais quelques questions sur ta vie en prenant des notes ? »

à suivre...

 

Dernière modification : 18/07/2014 09h48
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