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Le beau Jim Ohouiohoui travaille pour le Centre d’infiltration des systèmes parasitaires (Cisyp), sous les ordres de l'aussi cruel que tortueux M. Rizotto. La prochaine mission de Jim, aussi dangereuse que secrète, doit le conduire à Genève.

Tout paraît simple comme une crêpe au sucre. Sauf que, la veille de partir pour les Alpes suisses, Jim croise la route de la charmante et entreprenante Vickie, rousse fragile pécho au Bunker, un club sélect où il a ses petites habitudes. Dès lors, tout ce complique pour ce vétéran des missions difficiles, rompu à tous les sports de combat, mais impuissant à refuser quoi que ce soit à sa nouvelle et tendre conquête.



Une nouvelle aventure de Jim la Terreur de Cyrille Cléran est un polar noir et lumineux, qui vous transportera sans escale vers une Suisse futuriste et fantasmée. Cet ouvrage est disponible à Rennes, chez M. Bruno Duval à L'Encre de Bretagne, 28 rue Saint-Melaine.

16 € - 14,5 × 21 cm - 188 pages © novembre 2013

ISBN : 978-2-919265-42-8


Avis

 

Ficelée comme un bon rosbif sanguinolent et insolent, l'aventure qui nous est contée n'est pas la première du genre pour ce mercenaire et agent très spécial. L'auteur espiègle s'amuse à déjouer toutes les lois de la gravité (entendez gravité par sérieux). Il délie les ficelles du morceau choisi et nous concocte un suspense décoiffant au fil de chapitres galopants.


Dans un monde en folie, assez proche du nôtre à quelques variantes près, il écorche, dépèce et tranche dans le vif de la cruauté ambiante.

Jim Ohouiohoui, « barbouze d'élite » est d'une efficacité redoutable. Ce colosse blond et musclé sans peur et sans reproche ne faillit jamais. Des centaines de missions réussies haut la main à son palmarès, pas d'état d'âme, quartier libre et carte blanche, il fonce. Le temps imparti pour organiser son travail est de courte durée. C'est à chaque fois une course contre la montre. Et justement la montre, dans cet opus, tiendra un rôle majeur, au point d'enrayer l'horloge bien huilée de l'État et de celle de ses sbires. La montre et la Femme ! Car, si Jim ne s'encombre jamais la vie avec celle d'une femme, si ce n'est pour assouvir ses pulsions primaires, il va devoir compter avec l'entrée fracassante d'une adorable midinette sexy et cajolante. Et ce, au moment même où il s'apprête à opérer un nettoyage musclé dans la bonne ville de Genève.

Il prend ses ordres de missions tous les mardis dans la vieille petite salle obscure d'un cinéma d'art et essai, Les Trois-Croix, sans doute vestige de temps révolus. Il en apprécie le moelleux des fauteuils, la paix royale et la pénombre. Un petit coin de poésie à peine entaché par l'ombre qui lui délivre l'ordre de sa hiérarchie, le Cisyp, organisme d'État dirigé tyranniquement par monsieur Rizotto, abject et dégoûtant comme il faut. Avant de partir, il retrouve son vieux copain Jean-Miche-Miche, écolo-râleur-looser, histoire de passer une tranche de vie un peu sociale façon blaireau-prolo.

S'en suit le voyage à Genève. La cité helvétique a de quoi surprendre, elle est devenue une mégapole audacieuse et fantasque où se superposent des mondes interlopes, des sociétés diverses et variées et une pagaille sans nom. Là encore, l'auteur nous régale de descriptions exubérantes et insensées. La montagne est toujours belle, le lac est asséché pour faire place à un méga centre d'affaires, les rues clignotent nuit et jour. C'est Babel.


Il n'est pas possible ici de dévoiler l'intrigue et les faits qui vont se succéder au cours des derniers chapitres caracolant entre globulus (la monnaie courante) et hémoglobine jaillissante. Le mouvement s'accélère au fur et à mesure que Jim s'éprend de la douce blonde amoureuse. Lequel des deux est la « midinette », telle est la question.

Quid de la gentille petite caissière des Trois-Croix, murée dans le silence de sa caisse en verre et secrètement amoureuse de Jim ? Quid de Rizotto le gros salaud et de sa secrétaire esclave ? Vous le saurez en dévorant à pleines dents cet authentique morceau de poésie rouge et noire, truffé d'hilarité, de noms à coucher dehors, et de rebondissements saugrenus. Une fois repus, vous trouverez encore la force d'y picorer quelques réflexions acides mais lumineuses.



Christine Claude, mars 2014


 

Extrait

1. De l’art de déléguer



Dans sa guérite en verre épais, incassable (même par des brutes épaisses aussi), Mélanie voit défiler les clients qui réclament un billet, pour telle ou telle séance. Certains sont polis. D’autres sont enthousiastes. D’autres encore ont l’allure des grands soirs et se sont faits élégants pour l’événement.

Le beau Jim, lui, aime le cinéma pour trois raisons. En one, les nanas y sont canon (en général, elles ont des gros nichons, un maquillage soigné, des yeux expressifs, voire un petit cul rebondi bien tendu sous le tissu de leur jupe couleur crème). Et les acteurs masculins ont la pêche ! Une chorégraphie leur suffit pour envoyer valser leurs adversaires qui ne se relèveront pas de sitôt. Ça, c’est le premier point. En two, les comédiens ne parlent pas pour ne rien dire. Quand ils l’ouvrent, c’est pour être spirituel, faire avancer l’intrigue. Et s’ils sont dans le casting, c’est qu’il y a une bonne raison — contrairement à dans la vie quotidienne, non hollywoodienne, où tant d’individus traînent, traînassent, traînouillent, errent, égarés, hagards, complexés, démoralisés, avec l’air en permanence de se poser la question du pourquoi ils sont là, précisément là où ils sont, et du comment ils pourraient faire pour oser espérer se sortir de ces mauvaises ornières. Et c’est encore plus vrai dans certains films, dits de genre, où les mots et les dialogues sont comptés avec une telle parcimonie que les acteurs sont contraints d’avoir de la présence, du jus, du punch... la pêche, comme on vient de le dire plus haut. Alors, superbement, ils sont dans leur rôle ! Tout simplement. Somptueusement.

En three, au-delà de l’art consacré comme tel, c’est le lieu qui l’attire. Adoptés par des générations et des générations de cinéphiles, les sièges des cinémas ont l’ergonomie moelleuse. S’y enfoncer, c’est délicieux. On pourrait enfin y ajouter une four one : l’air est climatisé ; puis une five one : Jim aime le noir et, plus que tout, il aime qu’on lui fiche la paix — hé oui, il a des points communs avec ces petits insectes discrets et peureux que sont les cafards ! Mais on n’en finirait plus et l’essentiel n’est pas là : Jim est un terroriste. C’est ça qui compte. Tout le reste n’est que gazouillis de seconde zone.

Il travaille pour le compte de l’État qui l’emploie comme barbouze d’élite. C’est un métier comme un autre — plutôt bien payé — sauf qu’il ne faut pas avoir peur de zigouiller sur commande les ennemis de la Nation… Un peu risqué peut-être, sûrement, mais il suffit de ne pas se faire prendre.

Un gars qui bosserait dans une mine de charbon, à mille huit cent quatre-vingt-dix mètres sous terre, ou sur un rafiot hauturier bravant tempêtes, lames traîtres et déferlantes du côté des îles Lofoten, courrait plus de risques que lui.


*


Le beau Jim Ohouiohoui, car oui, il est plutôt beau mec, mesure 1,95 m pour 116 kilos. Le cheveu long, long, si long, et d’un blond presque blanc, extrêmement frisé, presque crépu, voire acrylique, les oreilles bien dessinées, très bien même, les sourcils soigneusement épilés, l’épaule carrée, le menton décidé, il est taillé pour franchir des distances inouïes à bord de pirogues à balancier, comme ces ancêtres qui colonisèrent les plages, les atolls et les archipels des océans Indien et Pacifique. Voilà le bestiau.

La caissière du cinéma des Trois-Croix qui s’appelle Mélanie (c’est marqué sur le badge épinglé sur son chemisier noir) le trouve bel homme, elle aussi, naturellement. Elle-même, célibataire, n’aurait rien contre une aventure avec lui. Elle non plus n’est pas trop mal, avec sa petite frimousse sous sa tignasse brune aux reflets chatoyants. Elle et lui, lui et elle, eux deux ensemble, formeraient un beau couple, se dit Mélanie. Il vient, a-t-elle constaté, à intervalles réguliers, tous les mardis, à la séance de 16 heures 30, salle no 1, quel que soit le film. Si elle pouvait quitter sa place près de la caisse enregistreuse et du distributeur de tickets pour le suivre, elle constaterait que Jim s’assied systématiquement au troisième rang, dans le sixième fauteuil à gauche de la travée principale. Pas le septième, pas le cinquième, non : le sixième. Ce fauteuil n’a absolument rien de particulier par rapport aux autres fauteuils de la salle. C’est un fauteuil tout ce qu’il y a de plus banal. Si ce n’est que, tous les mardis, sans faute, ce mec s’y assoit. Quand des films sont programmés plusieurs semaines d’affilée, il les voit et les revoit et ce, tant qu’ils sont à l’affiche… Il a donc ses petites habitudes du mardi après-midi qu’elle a eu le temps d’observer, un brin amusée. Comment dire ? Mélanie aime imaginer la logique qui peut pousser ce beau gaillard, chaque semaine, de façon méthodique, presque insensée, à entrer dans la salle no 1. Ce type a l’esprit quadrillé comme le papier à musique sur lequel sont écrites les marches militaires qui passent en boucle sur les ondes des radios officielles. Peut-être ce mec est-il monomaniaque ? Ou, peut-être est-il sorti avec une fille dont il était tombé follement amoureux, pour la première fois de sa vie, il y a longtemps, dans la salle no 1 du cinéma des Trois-Croix et du coup, il y revient tous les mardis, brûlant de l’espoir fou de retrouver le fantôme de ces premières sensations. Peut-être est-il féru de numérologie… Mélanie n’en sait rien. N’osant pas poser la question, elle reste seule avec ses phantasmes. Elle ose à peine le regarder dans les yeux quand elle lui remet son billet et encaisse sa monnaie. Elle marine, cogite, spécule… Elle a tout son temps… Parfois, avec un quart de demi-sourire, un sourire invisible en fait, elle rêve qu’il vient exprès pour elle. Qu’il n’ose pas l’aborder. Que ce beau blond musclé a lui aussi ses zones de réserve et de timidité. Qu’il l’a repérée et qu’il a repéré qu’elle bossait là, le mardi, près de la caisse enregistreuse et du distributeur de tickets, derrière sa vitre blindée, et que, maintenant, semaine après semaine, il lui tourne autour, sans savoir comment lui déclarer sa flamme. Mais Jim, qui a vu sept fois La môme d’Olivier Dahan et n’a pas caché sa joie quand cette merde sur cette chanteuse d’outre-tombe a dégagé des écrans, s’en balance de ce que peuvent penser les caissières, les ouvreuses ou les femmes de ménage qui récurent les toilettes et ramassent les cannettes vides, les graines de sésame et des petits bouts de papier en passant la balayette sous les fauteuils entre chaque séance.


*


Monsieur Rizotto, son supérieur immédiat dans la hiérarchie, est un homme simple. Simple, certes, mais ô combien précieux. Ses idées sont claires. Il les exprime avec fermeté. Ces deux qualités ont suffi à faire de lui un homme puissant. Il n’a ni peur de ne pas mâcher ses mots, ni pour us ou manie de tourner trois mille deux cent sept ans autour du pot. Monsieur Rizotto est un technocrate épais (sa cuirasse ne se transperce pas facilement). Son expérience est longue et son expertise reconnue. Il sait que s’encombrer de sentiments est dangereux. Dangereux et inutile. Il fait partie de cette caste d’hommes rares qui imposent les nouveaux dogmes. Guide invisible, mais omnipotent, son influence est considérable, même si peu d’hommes sont en mesure de la mesurer. Ses pouvoirs exécutifs sont d’une puissance redoutable. Il n’a qu’à lever le petit doigt pour changer la destinée de ces choses dont il aura été décidé qu’un changement s’imposait.

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

Dernière modification : 18/07/2014 09h56
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