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Pour le titre on verra plus tard de Wilfried Salomé est un roman actuel. On y suit Zenzi dans ses nuits désordonnées et esthétiques, lors desquelles il rencontre Lou, barmaid à L'Angle-Saxo, une boîte de jazz dans le Vieux-Lille, dont il tombe fou amoureux. Leurs tempéraments, leurs idéaux et leurs égos vont se confronter, se heurter, s'épurer, s'assembler.
 

202 pages - 14,5 × 21 cm - 16 € -  Novembre 2013
ISBN : 978-2-919265-39-8


EXTRAIT

1

 

Depuis deux jours, je suis revenu de mes vacances dans le Sud. Si l’on peut parler de vacances : j’ai passé mon temps à me défoncer avec les jeunes artistes locaux. Si l’on peut parler d’artistes. En fait, voilà : j’ai passé mon temps à boire des coups en terrasse et dans des galeries d’art contemporain à Antibes, Juan-les-Pins ou Cannes, à écouter de futurs tyrans domestiques me déblatérer une vision du monde et des femmes réactionnaire hors pair. Ces types-là n’ont rien dans le crâne. À part, vraisemblablement, de la rillette.

Ils m’ont aussitôt fait penser à ces nouvelles icônes glacées du cinéma français, à la Romain Duris ou Guillaume Canet. Ma foi si ma génération de trentenaires s’est octroyé ce genre d’acteurs comme références masculines, ce n’est rien de dire qu’elle s’est mise à l’abri de la procréation d’idées neuves. Sans parler des chanteurs et des écrivains qu’elle s’est choisis comme chefs de file. Partant de là, rien d’étonnant s’il ne reste plus à la génération derrière la mienne que la fascination morbide pour la fin du monde et le porno gore. Et comme unique projet d’avenir de gagner à l’Euro-millions.

Bref depuis mon retour à la maison, à Lille, je tente de me soigner de tous leurs assauts subis. Je me promets de ne plus jamais essayer de me détendre en compagnie de surdoués pétant plus haut que leur cul, pour qui créatif signifie étudiant en graphisme. J’essaie de faire redescendre mon niveau de stress. Car avouons-le, cette deuxième décennie du nouveau siècle cogne encore plus fort que la première. Niveau connerie, je veux dire.

Soyons clairs d’entrée de jeu, voulez-vous ? Pour ma part il n’y a pas matière à débat. La transcendance existentielle – amoureuse et poétique – étant démodée, notre société est actuellement sujette à une profonde perte de sens. Pour ne pas dire soumise par derrière à une violente dépression nerveuse révélatrice de son cruel besoin de renouvellement formel. Oh, et puis si, tiens, pour le dire. Le mot se trouve désormais diamétralement opposé à la chose ou au sentiment qu’il prétend décrire. Le langage, au lieu de permettre à l’être d’accéder à la réalité, ne provoque au contraire plus rien chez lui que de monstrueux acouphènes. En effet dès lors que nous sommes quotidiennement littéralement assommés par une logorrhée ininterrompue où toute vérité est absente, le silence en devient à force tout bonnement assourdissant. Mais je suis persuadé que je ne vous apprends rien.

En décalage complet et volontaire, donc, d’avec mon époque aphasique : ce matin je me réveille dans un état de nerfs terrible. Un moment, je reste immobile, figé devant la fenêtre du salon, en caleçon. Puis sans m’en rendre compte je commence à sautiller sur place, à faire des mines et des grimaces. De fil en aiguille je me mets à hurler jusqu’à satiété, jusqu’à une expulsion primale me libérant de ce trop-plein d’énergie vitale et volcanique. Et de flipper en imaginant ma voisine toquer à la porte, accompagnée par deux policiers de belle taille. Je m’imagine mal tenter d’expliquer à des gens pensant en toute bonne foi être éveillés à eux-mêmes que mes hurlements ont pour simple but de les sortir de leur torpeur. Que je pratique le rebirth cathartique.

Une fois la crise nerveuse rédemptrice passée, j’allume la radio sur un titre techno à la mode. Et je me déhanche comme je l’ai toujours fait dans les boîtes ou les soirées, depuis des années. Mais attention. Avant toutes choses – et histoire de vous indiquer tout de même un peu où vous mettez les pieds –, il me faut ici préciser que ma passion pour la fête, l’ivresse, l’amour, et de facto, l’art véritable sous toutes ses formes, est due à la partie irresponsable de ma personnalité décadrée. Ainsi qu’à ce refus pathogène d’abandonner mes rêves et mes illusions sur la possibilité d’un monde meilleur. En toute franchise, je devrais m’admettre comme un sinistre idéaliste autocentré. Il me faudrait cesser de m’attarder au sein de l’adolescence. Arrêter de le téter goulûment pour trouver un travail honorable. C’est en tout cas le désir de mes prétendus amis. Pour la plupart grands érudits passés maîtres dans la pratique de l’expérience brute de la survie au cœur du brasier. Il va sans dire.

Seulement voyez-vous, à moins d’être un fervent adepte de la chirurgie plastique, on ne se refait pas. Et justement. Peut-être suis-je encore trop révolté au goût de certains. Enfin, bon Dieu, ne me dites pas que vous êtes dupes. Que cela vous a échappé. Ne venez pas me prétendre que l’éradication de toute mémoire, le travail obligatoire, l’illettrisme, le pessimisme, la peur de l’avenir, la confusion idéologique, la manipulation, la régression généralisée et le manque de courage ambiant vous évoquent l’odeur du jasmin. Ne prétendez pas que de beaux discours suffisent à vous faire prendre des messies pour des flambeaux.
Je ne saurais me résoudre à vous croire.


 

2


J’écris toute la sainte journée, en avalant quelques bières et des chips saveur paprika – mes préférées. Par la fenêtre de mon bureau, le ciel est bleu sombre comme l’âme de Goethe. Des nuages cuivrés parsèment le ciel, poussés vers le centre-ville par le vent du Nord. Entre autres choses parfaitement parfaites. Et pléthore de piétons vaquant frénétiquement à la poursuite de la béatitude...


(à suivre…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière modification : 19/04/2017 19h48
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